Train de fret Perpignan – Rungis : une possible suppression ubuesque

Date de publication : 11 avril 2019

La possible suppression du train de fret de Perpignan qui approvisionne quotidiennement le Marché International de Rungis en primeurs serait un mauvais signal. Dans un communiqué, l’EPT Grand-Orly Seine Bièvre fait part de sa volonté de le maintenir. Les pouvoirs publics ont été interpellés. Le Président de la Semmaris ainsi que les maires de Rungis, Chevilly-Larue et Thiais, s’associent à cette démarche.

Face aux alertes, le Territoire n’a pas tardé à réagir. Dès le 2 avril, Michel Leprêtre, Président de l’EPT, s’est indigné de l’éventuelle suppression du train de fret de Perpignan – Rungis, en service depuis 2007, dans des courriers envoyés à la Ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, et au Président Directeur Général de la SNCF, Guillaume Pépy. Le maintien de la ligne y est demandé, comme la réception en urgence au ministère des dirigeants du Marché d’Intérêt National et des élus les plus concernés. Quelques jours plus tard, le 5 avril, Grand-Orly Seine Bièvre a diffusé un communiqué de presse dénonçant cette possible suppression et intitulé « La rentabilité contre l’écologie ? »

Des centaines de camions plutôt qu’un train ?

En cas de suppression, ce train de fret ne pourrait être remplacé que par des poids lourds. Plusieurs dizaines. Une centaine même. Chaque jour. L’impact environnemental serait déplorable. Comme le signal envoyé, en regard des exigences écologiques de l’époque et à l’heure où l’ensemble des collectivités s’engagent à réduire leur bilan carbone, et en faveur de l’amélioration de la qualité de l’air francilien. Le trafic routier supplémentaire que cette suppression générerait, sur des axes déjà régulièrement congestionnés, serait tout aussi insensé.

Quid des investissements réalisés ?

En 2016, la SNCF avait déjà supprimé un des deux trains approvisionnant quotidiennement le MIN de Rungis. Fin 2017, le dernier train de fret avait déjà lui-même été menacé. Et ce malgré des investissements conséquents réalisés ces 10 dernières années avec la Semmaris et supportés en grande partie par les collectivités territoriales, sur fonds publics. Autant d’investissements aujourd’hui jugés négligeables ?

Les réactions du Président du MIN et des Maires

– Stéphane Layani, Président du Marché International de Rungis : « Il est nécessaire de trouver une solution transitoire pour éviter toute rupture de l’activité de fret ferroviaire à Rungis. En tant que Président du Marché de Rungis, j’ai proposé que nous étudiions avec le groupe SNCF ainsi que l’ensemble des parties prenantes toutes les solutions qui permettront de maintenir et de pérenniser l’activité ferroviaire à Rungis. »

 

– Raymond Charresson, Maire de Rungis : « En 2016, un train avait été supprimé. Par délibération du Conseil municipal de Rungis du 10 octobre 2017, les élus avaient déjà formulé, à l’unanimité, un vœu pour le maintien de la ligne de fret entre le MIN de Rungis et Perpignan. Nous avions aussi invité l’Etat à réfléchir à la « sanctuarisation » de cette ligne de fret en la rendant d’utilité publique. La fermeture de cette ligne quotidienne entraînerait sur nos territoires l’arrivée et le départ quotidiens de plus d’une centaine de poids lourds pour acheminer par la route en lieu et place du train. Cette démarche de suppression du fer au profit de la route s’inscrirait en faux vis-à-vis de la Zone de Faible Emission en cours de mise en place sur le territoire francilien. Nous ne pouvons donc y souscrire en aucun cas. »

 

– Stéphanie Daumin, Maire de Chevilly-Larue : « Suppression du fret ferroviaire à Rungis : une aberration écologique, économique et sociale !

Un train par jour alimentant par voie ferroviaire le Marché de Rungis, cela ne nous apparaissait déjà pas beaucoup. Avec un bilan carbone extrêmement favorable et une excellente capacité en tonnages, l’acheminement ferroviaire semble être un enjeu d’avenir. C’est d’ailleurs le sens de l’action des collectivités locales comme le Département du Val-de-Marne et la Région, qui ont investi des sommes importantes pour rénover le terminal ferroviaire du MIN, dont la logique voudrait qu’il se développe. Seulement voilà. Affréter 80 camions par jour coûtera moins cher à la SNCF que d’affréter un train. Pourquoi ? Parce que l’entretien des routes est pris en charge par les collectivités locales, donc subventionné par le contribuable, et donc exclu de leurs coûts, contrairement à l’entretien de la voie ferrée, refacturé à l’exploitant. L’absence de stratégie nationale en la matière conduit à l’aberration du siècle. Alors que notre planète est en surchauffe, alors que des dizaines de milliers de personnes participent à des marches pour le climat, alors que les villes croulent sous les particules fines, à l’origine de maladies respiratoires infantiles, conduisant d’ailleurs à interdire progressivement la circulation des vieux diesels… L’Etat compte laisser mourir le mode d’acheminement qui en matière de fret européen incarne le mieux l’avenir. Vite ! La politique doit reprendre le dessus sur les viles calculs comptables ! Et placer l’intérêt général au cœur des décisions structurantes. »

 

– Richard Dell’Agnola, Maire de Thiais : « Nous sommes opposés à la fermeture du fret ferroviaire qui est une aberration dans cette période où le bilan carbone et l’empreinte écologique doivent être réduits. Ce risque de fermeture est d’autant plus illogique que la gare de Rungis a été restructurée il y a moins de 10 ans, ce qui a représenté un investissement important sur les fonds publics. Cette fermeture entraînerait par ailleurs un flux de véhicules supplémentaires sur notre territoire, qui n’en a pas besoin alors que l’autoroute A86 est déjà très chargée. Ce flux poserait enfin un problème d’autant plus important que, dans très peu de temps, le Pôle de réalité numérique, à Thiais, et la Cité de la gastronomie, à Chevilly-Larue, vont permettre d’humaniser et d’urbaniser ce secteur. Cette dynamique aussi pourrait pâtir de la suppression de cette ligne de fret. »